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Voilà dix ans que le Master 2 professionnel édition d’art / livre d’artiste existe et que ses étudiants sont accueillis dans l’Atrium de la Bibliothèque universitaire de l’université Jean Monnet pour présenter une exposition annuelle. Dix ans que les étudiants s’approprient à cette occasion l’objet livre dans sa matérialité et sous des formes variées, pour donner naissance à des œuvres d’art à part entière, qui viennent ensuite élargir la Collection de livres d’artistes Jacquie Barral.

Cette année, priorité a été donnée au passage du réel à l’imaginaire, d’où l’idée de convoquer l’œuvre de l’écrivain américain H. P. Lovecraft. Ce « Maître de Providence » voyait dans le motif même du livre un générateur de récits, comme le récent concours de nouvelles organisé par la Bibliothèque universitaire l’a rappelé (« À la manière de… Lovecraft, les livres interdits », juin 2017). Ses références constantes aux manuscrits anciens, cachés, secrets, perdus ou retrouvés accordent au livre une véritable place narrative.

C’est cette place que les étudiants ont interrogée par des livres d’artistes conçus dans le cadre de différents cours. Ils prennent majoritairement comme point de départ les amorces de récits consignées dans le Commonplace book de Lovecraft. Ce « carnet d’invention » – comme le sous-titre son traducteur François Bon qui nous a fait l’honneur d’animer un atelier d’écriture avec les étudiants du Master – est un carnet d’idées et de citations pour de futures histoires extraordinaires. Il va jusqu’à se rapprocher formellement du livre d’artiste, puisque Lovecraft le confectionna lui-même, avec le plus grand soin.

La thématique du fantastique, travaillée par les étudiants à partir de ce texte de Lovecraft, a donné lieu à des réalisations où le livre est d’abord conçu comme un espace à investir physiquement. Par le jeu des dépliements ouvrant sur des mondes étranges et labyrinthiques, ou par celui de la dissimulation de formes mystérieuses, recouvertes, transparentes ou encore moisies, les pages qui se succèdent dans ces œuvres décrivent des lieux singuliers où l’on peut aisément se perdre et se laisser surprendre. Gaufrages, tiroirs à ouvrir, cartes à jouer, feuillets à caresser et noircir… Conçus artisanalement par les moyens de la gravure traditionnelle, manuellement ou encore à partir d’une imprimante jet d’encre, ces pièces uniques ou multiples se donnent souvent plus à toucher qu’à voir, non sans risque parfois.

Nous vous invitons à découvrir le basculement de la réalité vers l’imaginaire et le fantastique que permet cette source d’inspiration intarissable qu’est le  Commonplace book de Lovecraft  a suscité ; laissez-vous prendre ici par ces « objets-pièges », comme les étudiants ont judicieusement aimé les qualifier.

Anne Béchard-Léauté et Laurence Tuot